La détresse psychologique au travail : parlons-en !

le 25 mai 2023


Selon l’Organisation mondiale de la santé, la détresse psychologique au travail pourrait devenir, d’ici 10 ans, la seconde cause d’invalidité sur la planète.

Les conséquences, autant pour vos employés que pour votre entreprise et ses projets, peuvent être lourdes. Comme employeur ou chef d’équipe, voilà donc un enjeu méritant votre attention.

Pour que la détresse psychologique ne soit plus un tabou et que toute entreprise en construction soit bien outillée, voici quelques pistes pour mieux la prévenir, la reconnaître et soutenir vos équipes.

 

ABC de la détresse psychologique

On dit qu’une personne souffre de détresse psychologique quand elle démontre des signes de stress et d’anxiété à la suite d’un ou plusieurs événements, sans aucun autre diagnostic de maladie mentale, et quand des symptômes d’ordre physique, cognitif, émotif et comportemental modifient son comportement et ses habitudes depuis au moins deux semaines.

Pour éviter qu’elle ne s’aggrave et pour la prendre en charge rapidement et adéquatement, d’abord faut-il savoir la reconnaître.

Si vous ressentez ou remarquez chez un(e) collègue, certains ou plusieurs de ces indices caractérisant la détresse psychologique au travail, ne tardez pas à réagir :

  • difficulté à garder une attention soutenue dans ses tâches et son travail ;
  • difficulté à organiser son travail et à prendre des décisions ;
  • difficulté à entreprendre de nouvelles tâches et à s’ajuster aux changements ;
  • difficulté à supporter la pression et le stress ;
  • difficulté à respecter les horaires et les échéanciers ;
  • difficulté à accomplir plusieurs tâches en même temps ;
  • problème de concentration et de mémoire ;
  • impression d’être dépassé(e) par les événements ou d’être en perte de maîtrise ;
  • perte de la capacité à donner du sens à son travail ;
  • lenteur inhabituelle et baisse de productivité et de motivation, alors que l’insatisfaction et le stress montent en flèche ;
  • fréquence et degré des conflits entre collègues ou avec ses supérieurs augmentés ;
  • isolement, air abattu, irritabilité, diminution de l’estime de soi, agressivité ou anxiété ;
  • propos suicidaires, décousus ou défaitistes.

 

S’occuper de la santé mentale des travailleurs : un essentiel !

Si l’entreprise n’agit pas pour améliorer les choses, les conséquences peuvent être désastreuses, et ce, pour tous :

Pour l’employé(e) :

  • Continuellement préoccupée par ses difficultés, la personne n’arrive plus à se détendre ;
  • Le stress, les troubles du sommeil, et donc la fatigue, augmentent ;
  • Ses relations professionnelles et privées deviennent de plus en plus tendues, jusqu’au seuil de l’intolérable ;
  • La personne risque alors de passer de la détresse psychologique à la crise psychologique avec tous les risques que celle-ci comporte (violence, dépression, consommation d’alcool et de drogue, repli sur soi, isolement et même suicide).

Pour l’entreprise :

  • Coût plus élevé en ressources humaines ;
  • Ambiance lourde et conflictuelle ;
  • Baisse d’engagement des employés menant à des problèmes d’absentéisme et de présentéisme ;
  • Perte de productivité et de motivation des employés ;
  • Résistance accrue au changement de la part de ses employés.

 

Briser les tabous pour mieux intervenir

Bien que cela évolue, des tabous entourent encore la santé mentale. Suffisamment pour que certains hésitent trop longtemps avant d’aller chercher de l’aide ou pour tendre la main à leurs collègues en ayant besoin.

Selon un rapport publié par l’INSPQ en septembre 2022, entre 2014 et 2015, la proportion de travailleurs et travailleuses en construction présentant un niveau élevé de détresse psychologique liée au travail était de 13,8 % (hommes) et 18,9 % (femmes).

Plus inquiétant encore, des études récentes indiquent que l’industrie afficherait l’un des taux de suicide les plus élevés parmi cinq secteurs de travail analysés.

La détresse psychologique au travail est un enjeu réel et non une faiblesse personnelle. Et tous les travailleurs et employeurs doivent mieux la comprendre pour pouvoir vivre dans des environnements professionnels plus sains, épanouissants et productifs.

Elle n'épargne personne, qu’il s’agisse d’ouvriers, de contremaîtres, de professionnels ou de chefs d’équipe.

Même les meilleures entreprises ne sont pas à l’abri ! Paradoxalement, le stress peut aussi bien être vécu dans un environnement de travail sain qu’au cœur de mauvaises conditions de travail, alors qu’une situation de travail stressante ne sera pas nécessairement mal vécue par les employés.

Les risques psychosociaux spécifiques à chaque milieu de travail et la bonne gestion de ceux-ci sont des éléments majeurs dans l’équation.

 

Agir d’abord par la prévention

Bien connaître et gérer ces facteurs de risques est une clé indispensable du bien-être psychologique au travail.

Parmi les causes et déclencheurs de la détresse psychologique, nommons :

  • Relations toxiques entre collègues, partenaires ou collaborateurs, conflits non résolus, manipulation, harcèlement, jeux de pouvoir, ambiguïté des rôles ;
  • Besoins non raisonnablement comblés au travail : manque d’autonomie, de reconnaissance ou de soutien de l’entourage, de l’organisation, des collègues ou du supérieur, manque de justice organisationnelle, de sécurité, d’information, faible participation aux décisions ;
  • Problèmes personnels que l’on ramène avec soi au travail ;
  • Bouleversements et changements dans les tâches, les outils, la répartition des rôles au travail ;
  • Aspects psychologiques liés à la culture organisationnelle ;
  • Charge de travail élevée et contraintes de temps ;
  • Insécurité d’emploi (contrats, poste temporaire, chômage saisonnier et manque de financement) ;
  • Conditions favorisant la dépendance ou l’augmentation de la consommation d’alcool et/ou de drogues (sentiments négatifs refoulés, inactivité physique imprévue à la suite d’un arrêt de travail, diminution du rendement après une blessure, stress face à l’incertitude, traitement d’opioïdes dans le cadre d’un traitement pour diminuer la douleur, prise de stimulants comme tentative de tenir face à une surcharge de travail ou à des délais de production très courts, etc.) ;
  • Environnement majoritairement masculin où l’on est moins enclin à se soigner ou à demander de l’aide ;
  • Milieu de travail où l’identité professionnelle est enracinée dans des valeurs dites masculines (compétition, force, puissance, affirmation de soi) et crainte de perdre ces valeurs ou l’estime collective de ses coéquipiers.

Pour prévenir la détresse psychologique de vos employé(e)s, voici un plan d’intervention en deux temps :

1. Diagnostic : Reconnaître les sources de détresse psychologique présentes dans votre environnement de travail.

2. Plan d’action : Attaquez-vous aux sources diagnostiquées en mettant en place des stratégies et outils concrets pour les endiguer.

 

Quelques pistes de solutions

En collaboration avec vos employés, ciblez des solutions répondant à leurs besoins spécifiques et à ceux de votre entreprise.

Selon les enjeux observés, vous pourriez, par exemple :

  • Mettre en place des stratégies pour prévenir et résoudre les conflits, reconnaître les manipulateurs et désamorcer leurs tentatives de manipulation ou freiner le harcèlement, les relations toxiques et les jeux psychologiques improductifs ;
  • Offrir à vos équipes des ateliers et outils pour apprendre à s’affirmer et communiquer de façon constructive et sans agressivité, pour de meilleures relations interpersonnelles ;
  • Mettre en action des stratégies simples favorisant la santé psychologique professionnelle : développer la reconnaissance dans votre entreprise, faire participer les employés aux décisions, etc.
  • Promouvoir une culture d’ouverture et d’intégration des différences et des valeurs d’inclusion, notamment en ce qui a trait aux métiers spécialisés, afin que les relations soient plus harmonieuses entre collègues (jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, etc.) ;
  • Mettre des ressources à la disposition de tous : groupes de soutien entre collègues pour le partage et l’entraide, séances de thérapie, formations sur le sujet de la détresse psychologique et de la santé mentale, information sur les lignes téléphoniques d’écoute, etc.

Briser les tabous passe d’abord par la communication, l’éducation et la volonté d’agir.

Ouvrir le dialogue en instaurant un climat de confiance propice aux échanges authentiques peut avoir un réel effet positif !

Comme employeur, montrez votre ouverture et votre compréhension entourant ce sujet délicat pour le dédramatiser. Sachez reconnaître et parler ouvertement des symptômes de dépression et de toute forme de problème de santé mentale. Mieux encore, faites part à vos employés de vos propres inquiétudes pour donner le ton et faites preuve d’écoute pour les encourager à s’exprimer librement.

Ainsi, les conflits et sources de détresse détectés se solutionneront plus facilement et rapidement et les personnes touchées seront plus à l’aise d’aller chercher de l’aide.

En agissant collectivement pour réduire les sources de détresse psychologique, parions que viser le bien-être psychologique au travail deviendra éventuellement la norme, pour le bénéfice de tous !

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